Incandescentes
- Paule Mackrous
- il y a 1 jour
- 2 min de lecture
Le monde m’épuise tellement à arrondir ses angles. On lisse les visages sur les écrans, on égalise les fréquences en studio, on rabote les phrases pour qu'elles glissent dans une histoire tout aussi polie. C’est une pulsion de MORT déguisée en esthétique. Le lisse, c’est le silence de la

On s'acharne même sur le vivant. On dessine des aménagements paysagers au cordeau, des jardins tellement parfaits qu'ils en deviennent stériles. On emprisonne le sol sous des toiles géotextiles, on aligne des fleurs clonées qui ne nourrissent plus personne, on tond jusqu'à l'ASPHYXIE.

Alors, dorénavant, je ne choisis que la

Je ne peindrai pas de portrait, mais le séisme intérieur de l'instant (Une de mes toiles avant la dictature du lisse, 2006) :

Je ne chanterai pas pour la justesse de la note, mais pour celle du cri primal (mes yeux qui montrent ma transe à CÉGEP en spectacle en 1998 avant que je ne réalise que le juge me juge) :

Je n'écris pas pour être lue, mais pour être ressentie (mes livres).
La vibrance, c’est cet endroit sauvage où les notions de "beau" et de "laid" s’effondrent comme de vieilles distinctions inutiles. C’est une expérience qui rend toutes les dichotomies désuètes.
Une œuvre est parfaite non pas quand elle est lisse, mais quand elle RESPIRE de manière autonome, hors de mon contrôle. Elle est parfaite quand elle VIBRE. C’est là que je m'arrête, que je me dis ça y est : elle est finie. J’évite le polissage qui n'est qu'un voile qu'on pose sur la VÉRITÉ.
La vie ne passe pas par la surface plane. Elle passe par la faille dans la parole, par la craque dans le ciment, par l'imperfection d'une voix qui tremble, par la trace de pinceau qui s'enfarge.
J'ai fait cette vibration en cette fin de semaine pascale, ça représente la résurrection de mes peurs (les arbres rouges). Elles poussent, mes peurs, mais elles brûlent en même temps parce que le sol est en FEU. C'est l'aménagement paysager de mon intérieur, l'inventaire de ce qui émerge quand je retire le géotextile sur mon existence.

Les peurs, de gauche à droite et de haut en bas : l'inflation, la montée du fascisme, le projet de loi 20 pour les coops, la précarité financière (surtout depuis que j'ai reçu un refus du CALQ pour mon prochain livre), les féminicides, mon insécurité étouffante de perdre mon chum, mes traumas d'enfance, ma fille de 13 ans qui rentre seule le soir, le mépris autour de l'immigration. Le sol en feu, ce sont les changements climatiques. La mer qui déborde, c'est le monde qui se vide de sa vibration.
Le ciel, c'est le vacarme de mon REFUS, une fumée nostalgique épaisse où mes cris et mes rêves intimes et collectifs flottent encore pour ne pas être consumés par le brasier d'en bas.
Ce que je voulais dire, ce matin, c'est que je préfère mille fois une vérité rugueuse à un mensonge soyeux, peu importe ce que cela révèle. Il y a seulement la vibration pour nous rappeler que nous sommes encore debout,

encore irrémédiablement VIVANTES.
fier de toi! laisse sortir tout ça!!! allez!!!!!