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Depuis la rivière...

Dernière mise à jour : il y a 4 jours


Le ciel quadrillé de rameaux. Respirer le frais de l'eau. Rivière Rideau, Ottawa.
Le ciel quadrillé de rameaux. Respirer le frais de l'eau. Rivière Rideau, Ottawa.


Aujourd’hui était ma dernière journée de la session d’hiver à l’École d’innovation sociale Élisabeth-Bruyère de l’Université Saint-Paul. Alors que je fais face au puissant courant printanier de la rivière Rideau, ordi sur les genoux, je me sens déjà habitée par mes élans pour le printemps. Je suis énergisée à l’idée de

dans mon prochain cours: Visions du monde et écologie à l’École de leadership, écologie et équité. C’est pour moi l’occasion de renouer à fond avec la sémiologue qui est toujours là, qui anime mon regard sur la nature : celle qui aime déchiffrer les trames invisibles de nos visions du monde pour comprendre comment celles-ci irriguent et façonnent nos actions et, par extension, la nature.👁


Mon bureau n'a plus de murs cet après-midi. Rivière Rideau, Ottawa.
Mon bureau n'a plus de murs cet après-midi. Rivière Rideau, Ottawa.

Mais avant de

dans ce nouveau chapitre, je veux m'arrêter sur celui qui se termine. Trop souvent, on ne prend pas le temps d’honorer la fin, de ritualiser un peu les passages; obnubilé-es qu'on est par l’effervescence de la nouveauté.  Cette session-ci, j’ai été vraiment touchée par l’ouverture et la générosité des étudiant-es. Ensemble, on a mis en œuvre une douce conscientisation, toujours dans l’accueil, pour aborder de front les enjeux les plus arides de notre société : le racisme, le sexisme, le fascisme, le colonialisme... tout ce qui, structurellement et intimement, déshumanise.


Mais on ne s’est jamais arrêté-es au constat, ni même à l’analyse. Et lors du dernier cours avant les évaluations, on a transmuté un peu ces ombres en une définition du bonheur qui soit collective, souveraine et juste. Un petit moment de grâce où la théorie s'anime, où les notions deviennent souffle de vie. C’est la théorie qui guérit dont parlait bell hooks, une autrice dont les mots, en plus de ceux de Paolo Freire et des autres qui ont poursuivi l'aventure de l'éducation populaire, nous ont suivis tout au long de la session.


Garder les pieds sur terre alors que le cœur, lui, voudrait suivre le courant. Rivière Rideau, Ottawa.
Garder les pieds sur terre alors que le cœur, lui, voudrait suivre le courant. Rivière Rideau, Ottawa.

Je ne le cache pas : pour soutenir cette classe de cette manière, j’ai dû arriver de bonne heure dans la capitale pour m’ancrer sur les berges de la Rideau. Mes traumas inhibant parfois mon lien authentique, mon ouverture d’esprit et ma capacité d’attachement aux êtres humains, j’ai besoin de me lier profondément à un lieu pour offrir ma présence entière aux autres. C’est à partir de mon lien avec cette rivière que je peux livrer, sans réserve, le meilleur de moi-même en salle de classe.


L'hiver, mes skis sont mes ailes. Rivière Rideau, Ottawa.
L'hiver, mes skis sont mes ailes. Rivière Rideau, Ottawa.

Cet hiver a été une petite révélation. Pour la première fois, j’enseignais durant la saison froide et plutôt que de longer la rivière sur le sentier qui borde l’université avant mon cours, je traversais la masse d’eau gelée en ski de fond. J’ai découvert l’autre rive, là où le cours d'eau m’était révélé différemment. Il devenait une sorte d’éponge entre l’université et moi, le temps d’une ride de ski.


La suite se dessine entre les arbres. Rivière rideau, Ottawa.
La suite se dessine entre les arbres. Rivière rideau, Ottawa.

Mais c’est de me retrouver sur la rivière qui m’a offert un changement de perspective radical : le point de vue de l’eau sur la rive, sur nous, sur nos constructions et nos accaparements. Cette nouvelle richesse, cette vision décentrée, je l’ai portée jusqu’en classe pour



 

Devenir l’ombre de la rivière, le temps d’une traversée. Rivière Rideau, Otawa.
Devenir l’ombre de la rivière, le temps d’une traversée. Rivière Rideau, Otawa.

Je dois l’admettre, ce cours sur l’éducation populaire de Paolo Freire m’a un peu transformée. J’ai accepté de ne pas être en contrôle afin de cocréer le savoir, d’incarner entièrement la posture théorie-action, la PRAXIS si chère à Freire. Je m’y suis commise. J'ai délaissé le fauteuil de cuir réservé au prof (je ne l’utilisais pas tant avant non plus) pour m'asseoir sur une petite chaise inconfortable, en cercle, avec tout le monde. J’ai déposé mes propres expériences intimes au centre du cercle pour stimuler une connaissance incarnée. C’est la force tranquille de la rivière qui m’a permis cette vulnérabilité-là : celle de

plutôt que de le diriger.


 Résistances d'une mue qui s'achève. Rivière Rideau, Ottawa.
 Résistances d'une mue qui s'achève. Rivière Rideau, Ottawa.

Aujourd'hui, je la regarde foncer avec une telle force pour rejoindre la rivière des Outaouais (elle avait hâte!) et je peine à croire que je la traversais avec mes skis il y a si peu de temps. D’une semaine à l’autre, la glace a cédé pour redevenir

C’est sur ce feeling riverain que je termine cette session : fluide, transformée et habitée par cet élan printanier de retrouver le vivant.

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